Festival de San Sebastián : avec « Artakalan », Yeşim Ustaoğlu revient aux sources pour mieux éclairer le présent

au festival de san sebastián, yeşim ustaoğlu présente « artakalan », un retour aux sources qui éclaire les enjeux du présent.

EN BREF

  • « Artakalan » concourt pour la Concha de oro au Festival de San Sebastián.
  • Yeşim Ustaoğlu suit Elif et Mehmet, deux artistes en crise qui prennent chacun la route pour renouer avec leur passé.
  • Le film mêle quête intime, paysages hivernaux et mémoire des transformations de la région natale de la réalisatrice.
  • Une mise en scène attentive aux sons, aux lumières et aux gestes du quotidien donne au récit sa dimension poétique.

En compétition officielle à San Sebastián, Artakalan suit deux artistes en crise qui prennent la route vers leurs terres d’origine. Avec ce voyage au cœur des paysages et des silences turcs, Yeşim Ustaoğlu explore les blessures du passé pour mieux éclairer les fractures du présent.

à san sebastián, yeşim ustaoğlu présente « artakalan », un retour aux sources qui éclaire les enjeux du présent.

Présenté en compétition officielle au Festival de San Sebastián, Artakalan, le nouveau film de la réalisatrice turque Yeşim Ustaoğlu, suit deux artistes séparés par la fatigue, les silences et les épreuves du quotidien. À travers les routes hivernales de Turquie, leurs voyages vers les lieux de leur enfance deviennent une manière de remonter aux blessures du passé pour mieux regarder le présent.

Cette année, San Sebastián place la Turquie à l’honneur avec un Focus destiné à mettre en lumière son cinéma et à favoriser les rencontres entre professionnels, notamment entre producteurs. Dans ce paysage de découvertes, le retour de Yeşim Ustaoğlu a une résonance particulière. La cinéaste connaît bien le festival : elle y avait remporté la Concha de Oro en 2008 avec La boîte de Pandore. Près de deux décennies plus tard, elle retrouve la compétition officielle avec Artakalan, œuvre contemplative où l’intime se mêle aux transformations d’un territoire.

La présence turque ne se limite pas à cette sélection. Des producteurs sont également réunis à San Sebastián, tandis que le réalisateur Tayfur Aidin y présente un film encore en postproduction, retenu dans la section WIP-Europa. Le festival devient ainsi plus qu’une vitrine : un espace où les films en devenir peuvent rencontrer leurs partenaires et où le cinéma turc se raconte dans toute sa diversité.

Deux artistes à bout de souffle

Au cœur d’Artakalan, il y a Elif et Mehmet, un couple de jeunes créateurs qui élève un petit garçon. Elle écrit de la poésie ; lui compose de la musique à partir des sons qui l’entourent et enseigne à l’université. Mais leur élan s’est brisé. Elif ne parvient plus à écrire et Mehmet perd son poste. Le malaise professionnel se confond avec celui du couple : leurs gestes ne se rejoignent plus, et le monde autour d’eux semble s’être éloigné.

Le film ne transforme pas cette crise en affrontement spectaculaire. Il l’installe plutôt dans les silences, les habitudes érodées et cette sensation d’un air devenu trop lourd pour être respiré. Lorsque la vie commune semble ne plus offrir d’espace, partir devient une possibilité. Elif et Mehmet prennent chacun la route, non pour fuir définitivement, mais pour retrouver une distance depuis laquelle leur histoire pourrait redevenir lisible.

Le personnage d’Elif porte la trace de la poétesse turque Birhan Keskin, amie de la réalisatrice. Des fragments de ses textes, introspectifs et retenus, traversent le récit. Ils accompagnent la jeune femme dans son déplacement intérieur autant que géographique : écrire à nouveau suppose peut-être de retourner vers les lieux et les souvenirs que l’on avait laissés derrière soi.

La route comme espace de mémoire

En panne de mots, Elif se dirige vers le village de ses grands-parents, isolé dans les montagnes. Le voyage déploie une Turquie loin des images de carte postale. C’est l’hiver : un lac asséché, des tunnels qui semblent interminables, des chantiers gigantesques liés à la construction d’un barrage, puis des villages reculés sous la neige. Les paysages ne servent pas de simple décor. Ils portent les marques du temps, de l’abandon et des bouleversements qui ont remodelé la région.

Sur la route, Elif rencontre d’autres femmes, souvent à la faveur d’un incident ou d’un arrêt imprévu. De ces rencontres naît une hospitalité sans emphase, mais généreuse : une porte s’ouvre, un repas est partagé, le thé revient presque comme un rituel. À travers ces gestes, le film fait affleurer une solidarité ordinaire. Les inconnues croisées en chemin ne résolvent pas les difficultés d’Elif ; elles lui offrent plutôt un abri temporaire, une présence, une façon de ne pas traverser seule le paysage.

Le récit suit en parallèle Mehmet. Lui aussi quitte la ville, accompagné de son jeune fils, pour s’occuper de son père âgé et malade. Dans cette maison, une vieille voisine veille discrètement sur eux, s’assurant qu’ils aient de quoi manger et boire. Le thé circule encore, mais le voyage de Mehmet prend une tonalité différente : il le ramène vers une relation filiale faite de devoirs, de tendresse maladroite et de non-dits.

Revenir sur le passé pour avancer

Les deux trajets se répondent sans se confondre. Elif et Mehmet retrouvent chacun une part de leur histoire familiale, et découvrent que les blessures anciennes ont parfois façonné leurs silences présents. Le retour aux origines n’a rien d’une réparation instantanée. Il ressemble plutôt à une catharsis douce, accomplie par petites touches, au fil des tâches quotidiennes : couper du bois, ranger une pièce, nettoyer, attendre ou préparer le thé.

Yeşim Ustaoğlu laisse le temps à ces gestes d’exister. La lumière froide de l’hiver enveloppe les maisons et les chemins, tandis que les personnages tentent de reprendre pied dans un environnement familier devenu étranger. Cette attention au quotidien donne au film son rythme particulier : les émotions ne sont pas expliquées, elles se déplacent dans les corps, dans les regards et dans les choses que les personnages choisissent — ou n’arrivent pas — à dire.

La cinéaste a également décrit le projet comme une manière de faire le point après Clair Obscur, son précédent long-métrage, sorti en 2016. Elle s’interrogeait alors sur son travail et sur la situation politique en Turquie : pourquoi écrire, et pourquoi continuer à le faire ? Le besoin d’ouvrir les fenêtres et de prendre la route a fini par s’imposer. Cette impulsion personnelle s’est transformée en récit, sans que le film se réduise à une confession : les questions de la réalisatrice passent par les itinéraires d’Elif et de Mehmet.

Un territoire transformé, entre documentaire et poésie

Le film a été tourné dans une région située entre Trabzon et les montagnes du Caucase, là où Yeşim Ustaoğlu a grandi. Elle a vu ces paysages changer au fil des années et a consacré un documentaire aux bouleversements qui les traversent. Certaines images de ce travail ont ensuite nourri la fiction, notamment celles liées au barrage et aux villages menacés ou engloutis par sa construction.

Cette présence du réel donne parfois à Artakalan l’allure d’un documentaire ethnographique. Mais la précision des lieux ne fige jamais le récit. Elle souligne au contraire la fragilité d’un monde humain et naturel soumis aux travaux, aux déplacements et à l’effacement. La séquence du barrage porte une violence particulière : les images rappellent que les paysages ne sont pas immuables et que le progrès peut emporter avec lui des lieux de vie, des souvenirs et une part de l’identité collective.

Le regard porté sur la nature est inséparable du travail sonore du film. Les bruits du vent, des déplacements et des activités quotidiennes composent un environnement sensible autour des personnages. Mehmet, qui collecte les sons pour ses créations musicales, écoute le monde avec une attention presque professionnelle. Cette disposition offre au film une poésie concrète : entendre devient une façon de se rapprocher de ce que les mots ne parviennent pas à nommer.

Le son des choses et les silences familiaux

Cette écoute produit aussi quelques moments d’humour inattendus. Mehmet enregistre, pour ses compositions, les ronflements impressionnants de son vieux père. La scène déplace un instant la gravité du récit : le corps malade devient source de son, et la cohabitation familiale révèle une complicité inattendue. Chez Ustaoğlu, le comique ne rompt pas l’émotion ; il lui permet de respirer.

Le son devient ainsi un fil conducteur entre le travail de Mehmet, les paysages et les relations familiales. Là où la parole bute, les bruits continuent : le bois que l’on coupe, les pas dans la neige, les voix lointaines ou le souffle d’un homme endormi. Dans cette matière sonore comme dans la lumière hivernale, le film cherche une autre manière de raconter les liens — moins déclarative, plus attentive aux signes infimes.

Un retour aux racines tourné vers le présent

Avec Artakalan, la mémoire ne constitue pas un refuge hors du monde contemporain. Le passé familial, les mutations du territoire et les difficultés présentes se croisent constamment. Les personnages reviennent vers leurs origines au moment même où leur environnement change, où leurs repères professionnels s’effondrent et où leur couple ne parvient plus à se parler. La quête intime s’inscrit donc dans une Turquie concrète, traversée par des transformations visibles jusque dans ses villages et ses paysages.

Ce dialogue entre l’expérience individuelle et l’histoire d’un lieu est au centre des présentations du film à San Sebastián. Le parcours d’Artakalan dans le festival est notamment relaté par RFI, qui revient sur le retour aux racines imaginé par Yeşim Ustaoğlu. Le film est également évoqué dans un article consacré à sa présence au festival, publié par Wn.com, ainsi que dans cette présentation d’Artakalan comme récit d’un retour aux sources.

Le retour de la réalisatrice à San Sebastián est aussi souligné par la presse turque : Velev évoque ses retrouvailles avec le festival, dix-huit ans après la Concha d’or. De son côté, Cumhuriyet revient sur les premières images du nouveau film, qui annoncent déjà l’importance accordée aux paysages et à l’atmosphère.

À travers deux personnages qui avancent chacun à leur rythme, Artakalan fait du déplacement une expérience d’écoute. Revenir dans un village, retrouver un parent ou accepter l’hospitalité d’une inconnue ne suffit pas à effacer les blessures. Mais ces étapes ouvrent un espace où elles peuvent être regardées autrement. Dans la durée des plans, sous la lumière pâle de l’hiver, les chemins prennent alors la forme d’une question adressée au présent : que reste-t-il des lieux, des liens et des mots lorsque tout semble avoir changé ?

RepèreDans Artakalan
Point de départElif et Mehmet traversent une crise personnelle et professionnelle.
Chemins empruntésElle rejoint le village de ses grands-parents ; lui part auprès de son père malade.
Retour aux sourcesLes voyages ravivent les souvenirs et éclairent les silences du passé.
DécorLa Turquie hivernale, entre montagnes, villages isolés et barrage en construction.
Regard sur le paysLe film révèle les bouleversements du territoire et la fragilité de la nature.
Écriture cinématographiqueLes sons et les paysages mêlent naturalisme et poésie.
Parcours du filmLe long-métrage de Yeşim Ustaoğlu concourt pour la Concha de oro à San Sebastián.
à san sebastián, yeşim ustaoğlu présente « artakalan », un retour aux sources qui interroge le passé pour mieux éclairer les enjeux du présent.

Avec « Artakalan », présenté en compétition officielle au Festival de San Sebastián, la cinéaste turque Yeşim Ustaoğlu signe un voyage sensible au cœur des paysages et des silences familiaux. Entre deux trajectoires qui se répondent, son film explore la mémoire, les blessures du passé et les bouleversements du présent, porté par une image et un travail sonore d’une grande délicatesse.

Un film au cœur du rendez-vous cinématographique de San Sebastián

La Turquie occupe une place particulière dans cette édition du festival, qui lui consacre son Focus et favorise les rencontres entre professionnels du cinéma. Yeşim Ustaoğlu y retrouve un public qui connaît déjà son travail : en 2008, elle avait remporté la Concha de Oro avec « La Boîte de Pandore ». Cette année, son nouveau long-métrage, « Artakalan », rejoint la compétition officielle. La fiche du film sur le site du festival présente sa place dans la sélection.

Le festival met aussi en lumière d’autres voix turques, des producteurs invités au réalisateur Tayfur Aidin, dont le film en postproduction a été retenu dans la section WIP-Europa. Dans ce contexte, « Artakalan » s’impose comme l’un des rendez-vous à suivre pour découvrir un cinéma attentif aux transformations intimes autant qu’aux mutations d’un territoire. La page d’actualités du festival accompagne cette programmation, tandis qu’Episode Magazine revient sur la première mondiale du film.

Deux parcours séparés, un même besoin de respirer

Elif et Mehmet sont de jeunes artistes et les parents d’un petit garçon. Elle écrit des poèmes ; lui compose de la musique et enseigne à l’université, à l’affût des sons qui peuvent nourrir ses créations. Mais leur élan s’épuise : Elif n’arrive plus à écrire et Mehmet perd son poste. Le couple s’éloigne, chacun se sentant coupé de son travail, de l’autre et de son quotidien.

Lorsque l’atmosphère devient irrespirable, la route ouvre une brèche. Elif part vers le village montagnard de ses grands-parents, tandis que Mehmet prend la route avec son fils pour rejoindre son père âgé et malade. Le récit suit ces deux déplacements en parallèle, sans les réduire à une simple fuite : chacun cherche à comprendre ce qui s’est tu et ce qui demeure enfoui. Une présentation de « What Remains », titre international d’« Artakalan », évoque également sa sélection à San Sebastián.

La Turquie de l’hiver, loin des cartes postales

Le voyage d’Elif traverse une Turquie hivernale, changeante et parfois rude : un lac asséché, des tunnels interminables, des villages isolés sous la neige et l’immense chantier d’un barrage. Entre Trabzon et les montagnes du Caucase, ces paysages ne servent pas de simple décor. Ils portent les traces de transformations qui touchent les lieux, les communautés et les souvenirs.

La région filmée est celle où Yeşim Ustaoğlu a grandi et qu’elle a observée se modifier au fil des années. La cinéaste a aussi réalisé un documentaire sur ces bouleversements, dont certaines images nourrissent le film. Le barrage et les villages menacés d’engloutissement donnent ainsi aux parcours personnels une résonance plus vaste : le passé n’est pas seulement une affaire intime, il est aussi inscrit dans le paysage. Le média turc Evrensel annonce la première mondiale d’« Artakalan » à San Sebastián.

La poésie des gestes et des sons

Le personnage d’Elif s’inspire de la poétesse turque Birhan Keskin, amie de la réalisatrice. Des extraits de ses textes, traversés par une forte introspection, ponctuent le récit et accompagnent la panne d’écriture de l’héroïne. Sur la route, des rencontres avec d’autres femmes font surgir une hospitalité concrète, souvent exprimée autour d’un thé partagé.

Chez Mehmet aussi, l’attention prend la forme de gestes simples. Une voisine âgée veille discrètement sur lui et son fils, les nourrit et leur sert du thé. Le film trouve sa respiration dans ces moments du quotidien : couper du bois, ranger une maison, prendre soin d’un proche. La catharsis se dessine sans éclat forcé, dans la lumière froide de l’hiver et la durée paisible des gestes.

Une œuvre où l’écoute devient une manière de voir

Le travail sur les sons et les images donne à « Artakalan » sa texture singulière. La nature, les lieux habités et les silences composent un environnement aussi important que les dialogues. Mehmet, chasseur de sons, pousse parfois cette écoute vers un humour inattendu : il enregistre les ronflements spectaculaires de son père pour les intégrer à ses compositions. Ces instants légers n’effacent pas la gravité du récit ; ils lui offrent une autre tonalité.

Après « Clair Obscur » (2016), Yeşim Ustaoğlu évoque un besoin de faire le point sur son travail et sur la situation politique en Turquie. Le désir d’ouvrir les fenêtres et de prendre la route a nourri l’écriture du film. Dans « Artakalan », ce mouvement devient une expérience de retour aux sources : deux personnages avancent à travers les paysages pour mieux regarder leur présent, tandis que la caméra capte la beauté fragile d’un monde en transformation.

« Artakalan » : deux voyages pour éclairer le présent

  • À San Sebastián — Yeşim Ustaoğlu présente son film en compétition officielle.
  • Elif prend la route — La poétesse cherche dans son passé l’élan de reprendre l’écriture.
  • Mehmet s’éloigne — Avec son fils, il rejoint son père malade et ses souvenirs.
  • La Turquie en hiver — Villages isolés, barrage et paysages façonnent leur quête.
  • Des silences à dénouer — Les retours aux sources révèlent les blessures enfouies.
  • Une poésie des sons et des gestes — Thé partagé, bois coupé et nature composent un récit sensible.
au festival de san sebastián, yeşim ustaoğlu présente « artakalan », un retour aux sources qui éclaire les enjeux du présent.

À découvrir en compétition officielle au Festival de San Sebastián, Artakalan suit deux artistes turcs en quête d’un nouvel élan. Avec ce récit de routes hivernales, de silences familiaux et de paysages bouleversés, Yeşim Ustaoğlu invite à revenir aux origines pour mieux comprendre les blessures du présent — et recommande un cinéma attentif aux êtres comme aux lieux.

Un voyage pour retrouver son souffle

Elif, poète, n’arrive plus à écrire. Mehmet, compositeur et professeur de musique, vient de perdre son poste. Parents d’un jeune garçon, ils traversent une période où leur couple, leur travail et leur quotidien semblent privés d’air. Plutôt que de forcer une réconciliation immédiate, le film les entraîne chacun sur une route différente, vers des proches et des lieux liés à leur histoire.

Deux chemins, une même quête

Elif part vers le village montagnard de ses grands-parents, espérant renouer avec une source d’inspiration. Mehmet, lui, quitte la ville avec leur fils pour prendre soin de son père âgé et malade. Ces déplacements parallèles composent le cœur du récit : s’éloigner du présent devient une manière d’en percevoir les tensions et de retrouver ce qui avait été enfoui.

Le film avance sans précipitation, au rythme des gestes ordinaires : préparer un repas, ranger une maison, couper du bois. Dans ces détails se dessine une catharsis discrète, loin des grands discours. L’hospitalité des personnes rencontrées, souvent accompagnée d’un thé, apporte une chaleur modeste à ces paysages d’hiver.

La Turquie, bien plus qu’un décor

La route traverse une Turquie éloignée des images de carte postale : lacs asséchés, tunnels interminables, villages isolés et sommets enneigés. Cette géographie donne au film sa matière visuelle, mais aussi une profondeur politique. Dans la région comprise entre Trabzon et les montagnes du Caucase, où Yeşim Ustaoğlu a grandi, les transformations du territoire sont visibles jusque dans le récit.

Des paysages menacés, une mémoire vivante

La construction d’un barrage et les villages engloutis évoquent la violence des changements imposés à la nature et aux communautés. Certaines images proviennent d’un documentaire réalisé par la cinéaste sur ces bouleversements. Leur présence renforce la dimension presque ethnographique d’Artakalan, sans réduire le film à un constat : la lumière, les sons et les lieux donnent aussi une forme poétique à cette mémoire.

Cette attention au son s’accorde naturellement avec le métier de Mehmet, qui collecte les bruits pour nourrir ses compositions. Un moment inattendu le montre enregistrant les ronflements spectaculaires de son père : un trait d’humour qui allège le récit et rappelle que l’écoute peut commencer dans les situations les plus quotidiennes.

Une œuvre à découvrir à San Sebastián

Le regard introspectif du film est nourri par la poésie de Birhan Keskin, amie de la réalisatrice et source d’inspiration pour le personnage d’Elif. Des fragments de ses textes accompagnent le parcours de cette femme en panne d’écriture. Le récit fait ainsi résonner les interrogations personnelles de la cinéaste, qui, après Clair Obscur, cherchait elle aussi à questionner son travail et la situation de son pays.

Yeşim Ustaoğlu connaît bien le festival : elle y a remporté la Concha de oro en 2008 avec La Boîte de Pandore. La présence d’Artakalan en compétition officielle s’inscrit également dans une édition qui met la Turquie à l’honneur. Pour qui aime les films contemplatifs, les récits de déplacement et les œuvres où l’intime rencontre l’histoire d’un territoire, cette sélection mérite une place de choix.

« Artakalan » : une quête intime au cœur d’une Turquie en mutation

Q : De quoi parle Artakalan ?
R : Le film suit Elif, poétesse en panne d’inspiration, et Mehmet, compositeur et professeur de musique confronté à la perte de son emploi. Alors que leur couple traverse une période difficile, chacun prend la route, à la recherche de ses repères et d’un nouvel élan.

Q : Pourquoi Elif quitte-t-elle la ville ?
R : Dans l’espoir de renouer avec son passé et de retrouver l’inspiration, Elif part vers le village montagnard de ses grands-parents. Ce voyage la conduit à travers une Turquie hivernale, loin des paysages de carte postale.

Q : Quel rôle le passé joue-t-il dans le récit ?
R : Pour Elif comme pour Mehmet, le retour aux sources permet d’approcher des silences et des douleurs longtemps enfouis. Le film évoque une forme de catharsis douce, nourrie par les souvenirs et les gestes ordinaires.

Q : Le personnage d’Elif est-il inspiré d’une personne réelle ?
R : Le personnage s’inspire de la poétesse turque Birhan Keskin, amie de la réalisatrice. Des extraits de ses textes, empreints d’introspection, ponctuent le film.

Q : Comment les paysages turcs participent-ils au film ?
R : Les montagnes enneigées, les villages reculés, les tunnels et les chantiers d’un barrage composent un décor à la fois naturel et transformé par l’activité humaine. Ces lieux, entre Trabzon et les montagnes du Caucase, sont liés à l’enfance de Yeşim Ustaoğlu.

Q : Quelle place le son occupe-t-il dans Artakalan ?
R : Le son prolonge le regard du film. Mehmet, qui collecte les sons pour ses créations musicales, prête attention aux bruits du quotidien et de la nature — jusqu’aux ronflements de son père. Cette matière sonore donne au récit une dimension poétique et naturaliste.

Q : Qui est la réalisatrice de Artakalan ?
R : La cinéaste turque Yeşim Ustaoğlu a déjà marqué le Festival de San Sebastián : en 2008, elle y a remporté la Concha de Oro avec La Boîte de Pandore.

Q : Dans quelle section le film est-il présenté à San Sebastián ?
R : Artakalan est en compétition officielle au Festival international du film de San Sebastián, où il concourt pour la Concha de Oro.

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